Photomathons
Ici il n’est pas question de cabines ni d’autoportraits, mais de photographies de thons, réalisées dans l’espace brut et fonctionnel d’une poissonnerie. Des corps froids, lourds, alignés, conservés dans la glace comme dans des sarcophages mi-clos. Léontine apparaît alors comme une figure allégorique. Veuve d’un mari disparu, happé par des océans furieux qui se nourrissent d’hommes courageux. Les abysses sans fond, les mers déchaînées, les eaux vidées puis remplies de ses larmes. Autour d’elle, les scombridés sont jalousement conservés, petits cercueils immaculés où le temps s’est figé. Dans ces images glacées, l’âme du défunt semble rompre la glace, faire couler l’eau sur les corps inertes comme autant de pensées d’un amour noyé. Les thons, exposés, découpés, suspendus entre vie et consommation, portent la mémoire de ceux que la mer a pris.












