Reportage

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Le rêve de Kanako

Le nyotaimori est une pratique japonaise consistant à servir des mets, le plus souvent des sushis, directement sur le corps nu d’une femme allongée. Sous couvert de tradition, de raffinement et de festin, ce rituel met en scène une domination codifiée : un corps offert, immobile, silencieux, soumis au regard, au toucher et aux écarts de conduite des convives. La jeune femme devient support, plateau, objet de consommation. Selon la journaliste Rebecca Smith, les hôtesses de nyotaimori suivent une préparation rigoureuse. Allongées, elles doivent rester figées pendant des heures, six œufs posés sur leur corps sans qu’aucun ne bouge. Des glaçons sont parfois lâchés au hasard pour tester leur résistance. Si un œuf glisse, l’épreuve recommence. Cette immobilité absolue, cette indifférence exigée face aux gestes déplacés, devient la condition même de leur « pureté ». Certaines maisons vont jusqu’à sélectionner des jeunes filles vierges, considérées comme seules capables d’incarner cette disponibilité totale. Sous le couvert de festoyer entre hommes et de prouver une virilité qui ne fait que décliner, panses ventrues et rires graveleux se rassemblent autour de ce corps exposé. Telles des hyènes autour d’une proie, baguettes en main, ils transforment le jeu en humiliation suprême. Pas de loup alpha. Que des bêtas. Rire le plus fort pour masquer le malaise. Le rêve de Kanako s’inscrit en rupture avec cette mise en scène de la soumission. À travers cette série, Frédéric Bourcier interroge la violence symbolique de ce rituel et la normalisation de l’humiliation sous couvert de tradition. Kanako encaisse, observe, retient ses larmes. Mais Kanako rêve. Elle rêve de femmes qui n’accepteront jamais de servir de plats. Des femmes qui résistent. Des résistantes aux plats de résistance.

Angela

Brigitte

Jackie

Frida

Janis

Teresa

Joséphine

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